« Notre rôle est d’aller au-devant des commerçants, d’être sur le terrain »


La chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCI Paris), au service des 370 000 entreprises de la capitale et du développement économique de son territoire, est animée par Philippe Solignac, son président, restaurateur dans le 12e arrondissement, assisté de sept vice-présidents, tous chefs d’entreprise et élus par leurs pairs. Gérald Barbier en est le vice-président en charge du commerce et des services et dirige un établissement de création et vente de luminaires dans l’ouest parisien. 


Quel est le sens du commerce aujourd’hui ?

Mettre l’humain au cœur du commerce de notre ville » est un vrai challenge pour nous, quand on sait qu’il y a près de 62 000 commerces à Paris. Certes, il y a des regroupements en cours et certains secteurs rencontrent malheureusement des difficultés. Toutefois, de nouvelles activités voient le jour ou se développent bien (alimentaire spécialisé, mode-design, restauration rapide ou thématique…). Il faut en fait un bon équilibre entre les différents types, les différentes tailles et les différentes activités de commerce. Le commerce a bien sûr besoin d’évoluer mais assure toujours un rôle « sociétal » et, dans certains cas, de service de proximité (aux riverains, aux salariés du quartier ou encore à ses visiteurs touristes). 

Je suis ainsi convaincu que le commerce de proximité n’est pas mort. Les grandes surfaces ont besoin des commerces indépendants. Ceuxci seront attractifs s’ils savent se différencier quant aux produits proposés, à l’accueil, aux services annexes à la vente et au conseil. Il est d’ailleurs essentiel de privilégier le service et le conseil dans nos établissements. 

C’est donc bien une affaire d’hommes, de femmes et de relations humaines, autant que de chiffre d’affaires.


Quel est le rôle principal des CCI en matière de commerce et d’appui au commerçant ?

Notre rôle est d’aller au-devant des commerçants, d’être sur le terrain. Nous nous appuyons sur plus d’une centaine d’associations locales de commerçants parmi les 260 recensées à Paris. Nous travaillons également avec les instances publiques ou privées présentes dans les quartiers, et ce, tant sur des questions d’animations ou de promotions commerciales que sur des difficultés liées à des travaux, des aménagements urbains ou encore des réglementations municipales.

Nous sommes aussi présents à tous les stades de la vie d’une entreprise, du simple projet jusqu’à la démarche active de création, de l’aide pour trouver des financements ou des locaux jusqu’au suivi réel de l’entreprise (formations, Internet, export, modernisation des locaux, gestion des ressources humaines…) et jusqu’à la transmission ou la cession. Des conseillers de la CCI Paris peuvent ainsi aider à la création d’entreprise ou de commerce afin de donner un maximum dechances à chaque projet : le choix du statut juridique, la faisabilité du projet, les moyens financiers, humains, matériels pour y parvenir… Tout le monde n’est pas fait pour être commerçant, cela nécessite beaucoup de polyvalence, une capacité d’autonomie et un sens aigu des responsabilités.


Quels sont les grands enjeux actuels du commerce à Paris ?

Il y a une assez forte « dévalorisation » de certains métiers du commerce et de la vente. Ce constat est particulièrement prégnant dans le secteur alimentaire spécialisé (hormis peut-être la boulangerie). On trouve ainsi de moins en moins de bouchers parce que les jeunes générations n’ont pas été formées à des travaux contraignants dans des métiers passionnants, rémunérateurs (ce que l’on oublie parfois), mais effectivement parfois astreignants. Certains secteurs, de même, souffrent beaucoup, comme la librairie ; il faut alors que la profession innove (en se regroupant pour passer les commandes, en assurant des services complémentaires comme la livraison…). Pour d’autres activités, on assiste plutôt à un développement, à l’exemple des secteurs de l’alimentation bio, de la remise en forme, du bien-être et des nouvelles technologies, sans oublier la restauration rapide. 

En tout état de cause, dans toutes ces activités, le commerçant, le vendeur ont un rôle déterminant pour rester à l’écoute et au service de leurs clients (réels ou potentiels).

Il faut également lutter contre la concurrence déloyale ou le para-commercialisme et inciter au respect des normes telles que l’hygiène ou l’accessibilité aux établissements… 

De même, la CCI Paris aide les commerçants à accéder aux technologies numériques. Après le e-commerce, le m-commerce [mobile commerce] va, en effet, révolutionner les réflexes d’achat des consommateurs.

Les commerçants doivent l’intégrer dans leur fonctionnement, car la fidélisation par ces outils sera incontournable.

Pour tout cela, la formation est une mission clé. Il faut nous adapter aux besoins du marché. Les écoles doivent prendre en compte les changements de la demande afin d’adapter la pédagogie en conséquence. Les CCI s’investissent fortement dans la formation, qu’elle soit initiale ou continue, avec, en Ile-de-France, de nombreuses écoles qui forment aux métiers de la vente ou de l’aménagement des magasins, des vitrines ou des étalages (HEC, ESCP Europe, l’école française de gastronomie Ferrandi, Novancia business school). 

Le tourisme est, tout particulièrement à Paris, un facteur de croissance économique et commerciale (transport, hôtellerie, restauration, services et tout ce qui a trait à la création, la mode et le design). Paris représente le mieux la France car le luxe et le design sont associés à l’image de Paris. Nous avons ainsi lancé, avec le comité régional du tourisme, une campagne intitulée « Do you speak touriste ?» en mettant à disposition des commerçants une brochure et un site Internet1, afin de les sensibiliser à l’accueil des visiteurs étrangers, de leur faire connaître certains éléments de leur langue et de leur permettre de prendre en compte les différences culturelles et les bonnes pratiques pour accueillir et servir les touristes.

Pour mettre en valeur les magasins et leurs produits, pour promouvoir les meilleurs commerçants parisiens, pour le bien-être des clients et des vendeurs, nous avons créé le prix « Paris shop & design». Ce prix récompense un binôme commerçant-architecte ou designer pour un projet de création ou de rénovation de point de vente. Il s’adresse aux commerçants dans différentes catégories : hôtellerie ; café-restaurant ; équipement de la personne ; alimentaire ; bien-être, santé et beauté… L’objectif est de les impliquer avec le concours d’un professionnel du design ou de l’architecture. Cette initiative, qui est reconduite en 2014, a contribué à valoriser ce type de collaboration (s’adressant à toutes tailles d’entreprise) et s’est avérée un vrai levier de développement et de croissance.

À titre d’exemple, et pour inciter les commerçants à soigner la présentation de leurs produits, le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), avec notre appui, a lancé un concours des meilleurs étals et vitrines de fruits et légumes (concours proposé à Paris dans les 8e, 16eet 17earrondissements). Les responsables de rayon se sont pris au jeu en créant des scénographies, ce qui a contribué à améliorer l’espace de vente et à faciliter l’échange humain. Cela a eu également un impact sur les vendeurs en valorisant leur environnement de travail et en les responsabilisant sur la présentation et la qualité des produits et en créant un climat de confiance.


Et le vendeur dans tout ça ?

Le vendeur joue un rôle clé et majeur. Il est au contact de la clientèle. Il porte l’image de marque de l’entreprise qui l’emploie et devra œuvrer à la personnalisation du contact. Cela nécessite d’avoir la connaissance des produits, en plus de savoir accueillir, écouter et conseiller.

Le vendeur est là pour servir le client : le respect, la serviabilité, l’attention à tous les détails font partie de la mission du vendeur, jusqu’à aider son client quand celui-ci a des paquets encombrants en main, en l‘accompagnant à son véhicule. Le vendeur peut parfois oublier la finalité de tous ces gestes. Il doit savoir adapter son attitude et son expression aux clients et à la typologie de ceux-ci. 

Notre métier est autant un métier de contact et de relations humaines que d’expertise et de contrat conclu. C’est une activité passionnante, très prenante, mais aussi rémunératrice, et dans laquelle il faut autant savoir être à la pointe de la modernité et de l’adaptation (Internet, nouvelles technologies de vente ou de paiement, pratiques des langues étrangères) que savoir entretenir – et c’est plus classique – une relation vivante, conviviale et de confiance avec ses clients.