Il est également directeur du Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien & membre de l’Institut universitaire de France

« Dans notre langue, il n’y a plus que le commerce de biens, alors qu’il y a aussi le commerce des idées et le commerce des affects »


En France, le management devra tenir compte du qualitatif car les relations individuelles vont l’emporter sur les fondements du taylorisme : c’est la rationalisation de la relation, qui s’inspire de la raison et de l’intellect. Les jeunes générations mettent en avant les émotions. 

La France a inventé la modernité (le siècle des Lumières), la difficulté d’aujourd’hui est d’accepter de passer à la post-modernité.

En s’arcboutant sur ses acquis, par peur, la France est maintenant en retard d’une guerre. Au nom de principes acquis, on privilégie la mort et non la vie. C’est une sottise de vouloir la fermeture des magasins, alors que les grandes villes étrangères ont une vitalité extraordinaire par l’art de s’ajuster, car chez eux tout est ouvert.

Dans notre langue, il n’y a plus que le commerce de biens, alors qu’il y a aussi le commerce des idées et le commerce des affects. En ne prenant pas en compte le commerce des idées et des affects, nous mettons en péril le commerce des biens.


Est-ce que vous pensez qu’il y a toujours un rapport de force dans les relations ?

Je ne pense pas qu’il y a eu une dominante rationaliste : « j’ai raison, puisque j’ai la vérité » ou « on ne va pas négocier, car j’ai raison ». 

La perspective anglo-saxonne, c’est le rationalisme avec les limites que l’on est en train de découvrir. La perspective latine, dont nous sommes grandement issus, c’est la revanche des valeurs du Sud basée sur l’affect, les sentiments et les émotions. Cela renvoie à une ambiance émotionnelle où les interrelations vont retrouver leur place.

« La vérité, qu’est-ce que la vérité ? (le syndrome de Ponce Pilate)… on ne sait pas ce qu’est la vérité ! » 

La jeune génération est frontale. Elle ne se retrouve plus dans l’engagement, dans l’affrontement. Elle est et sera dans la dimension de la « bénévolence » c’est-à-dire en disposition à tolérer, à vouloir le bien d’autrui avec la volonté de le rendre heureux.

Parce que nous ne détenons pas la vérité, nous devons rester attentifs à la jeunesse. Les élites ne sont plus en phase (les nouveaux bienpensants).


Sommes-nous arrogants ?

Non, ou plus exactement, l’arrogance est une caricature dépassée.

Aujourd’hui, la France est crispée sur ses vieux avantages acquis. C’est un combat d’arrière-garde. Un combat sanglant, voire violent est possible, car on pressent que l’on a perdu, on préfère donc tuer. C’est dans ces moments-là que les extrêmes s’expriment.

Les jeunes ne se reconnaissent pas dans l’arrogance, c’est un processus inéluctable. Seule une génération, la nôtre, freine encore. 


Quels sont les nouveaux enjeux ?

La vraie tendance est à la bénévolence, c’est-à-dire mettre en avant la qualité et la relation, qui contribueront à restaurer la belle idée du commerce. Le paradoxe, c’est que la bénévolence renvoie à de vieilles lunes. 

Les nouveaux enjeux sont essentiellement :

Entre le pouvoir et la puissance Il faut bien isoler les enjeux entre le pouvoir et la puissance. Le pouvoir vient des institutions et la puissance vient du bas, c’est-à-dire les mouvements qui viennent du peuple. Aujourd’hui, on constate un désaccord et un déphasage grandissant à l’image du mouvement des Indignés. Ces mouvements vont prendre de l’ampleur s’il n’y a pas une volonté de changement. 

Avec Internet dans notre quotidien Internet réenchante le monde : les flash mobs, les événements caritatifs, les manifestations… il y a syntonie (vibrer ensemble). 

Au niveau du système éducatif Le système éducatif ne correspond plus aux attentes. Il faut passer du modèle de l’éducation « educare », (cf. Jean-Jacques Rousseau : « moi je sais, donc je tire »), base de l’éducation nationale et la loi du père au modèle de l’initiation, c’est-à-dire l’accompagnement à…, la loi des frères, qui fait ressortir le trésor qui est en soi.

Entre le pouvoir et l’autorité La structure moderne est basée sur le pouvoir. Le pouvoir est différent de l’autorité. L’autorité fait croître. Le phénomène horizontal c’est l’avenir.

Aujourd’hui le processus est inéluctable. D’un monde moderne basé sur la raison, le progrès, le travail, nous devons passer à la post-modernité, c’est-à-dire vivre au présent par la création et l’imaginaire