« Mon salon chez moi pour être spécifiquement à l’écoute de mes clients »


Coiffeur, Patrice Lizot n’a que vingt-cinq ans et pourtant on n’arrête pas de le demander, y compris pour des shootings(maquillage et coiffure). Et ce n’est qu’un début. Après une première expérience chez Dessange et Camille Albane, il a décidé de se mettre à son compte ; rien d’original, sauf qu’il reçoit ses clients chez lui et ça marche ! 


Pourquoi servir ses clients chez soi ?

En premier lieu, j’ai voulu me mettre à mon compte. C’était devenu indispensable pour exercer mon art en toute liberté, sans contrainte de ligne de conduite ou d’image. Ma capacité à développer mon sens artistique exige cette liberté et me permet, avec le temps, d’affirmer un concept et un style auquel je tiens beaucoup. Toutefois, vous ne développez pas un style sans une relation forte avec vos clients. C’est pourquoi j’ai décidé d’installer mon salon chez moi, avec un triple objectif :

• travailler là où je me sens le mieux ;

• créer un moment de bien-être ;

• être spécifiquement à l’écoute de mes clients. Mon appartement s’intègre à part entière à mon concept, tout d’abord parce qu’il me ressemble [la décoration pourrait être son second métier] et que tout est fait pour que les clients s’y sentent 

Il est vrai que la première fois qu’un client arrive chez moi, il peut être désorienté, à commercer par l’échange à l’interphone et surtout quand il entre dans mon appartement. La plupart du temps, juste après avoir dit bonjour, il avance sans un mot à la recherche de tout ce qui correspond à un salon de coiffure traditionnel. La gêne est perceptible, à en oublier parfois que je suis derrière

Très vite, avec mes mots d’accueil et mes explications, mon client va s’adapter à ce concept, pour en définitive : 

• se sentir bien : grâce au cadre bien sûr, à la spontanéité et à la simplicité de la relation créée, mais aussi grâce à tous ces petits détails qui y contribuent, sans oublier le café ou le thé ; • entrer en confiance ;

• apprécier le côté « confidentiel » dans tous les sens du terme ;

• se sentir unique, car le client n’attend pas à son arrivée et il n’aura pas à partager le lieu avec d’autres clients.

Cette confiance est toutefois acquise (cela fait plus de deux ans) par le respect d’un certain nombre de règles de conduite et de morale pour lesquelles je ne transige pas vis-à-vis de moi-même comme de mes clients :

• pas de tutoiement (sans y être invité) ;

• pas de familiarité ;

• une grande discipline dans ma façon de faire et de me comporter. Néanmoins j’attends des clients qu’ils respectent les horaires, qu’ils sachent quelle prestation ils attendent de moi et surtout qu’ils m’acceptent comme je suis, c’est bien là le plus important.

Ce concept a également pour objectif de faciliter l’échange avec mon client et d’être à son écoute autant pendant la phase de découverte, avant de commencer quoi que ce soit, qu’au moment où le travail est terminé. J’attache une importance capitale à ces échanges, c’est ce qui me distingue des salons de coiffure classiques. 

À la fin, pas de caisse. C’est spontanément que le client me demande combien il doit. Pour moi c’est une reconnaissance que le travail est bien fait et que, naturellement, le client s’acquittera de ce qu’il doit avant de me quitter.


Pourquoi la qualité et la spontanéité de vos échanges sont-elles si importantes ?

« Parlez-moi de vos cheveux ! » : c’est la première chose que je demande à mon client, dès qu’il est installé, avec ce souci de ne jamais l’influencer ni d’interférer par rapport à ce qu’il a à me dire. Je suis prêt à passer dix minutes pour bien identifier son ressenti, car les clients sont souvent sévères avec leurs cheveux ou ils ne savent pas, au premier abord, exactement ce qu’ils veulent. À travers ces échanges, j’essaye d’avancer dans la recherche de ce qu’ils, consciemment ou inconsciemment, souhaitent. Et c’est seulement à ce moment-là que je peux imaginer ou faire évoluer un style de coiffure.

Le fait d’être seul avec mon client facilite ces échanges. Il se crée ce côté « intimiste », que je qualifierais de cadre privilégié sans pour autant dépasser certaines limites. En disant « parlez-moi de vos cheveux », on entre forcément dans une certaine forme d’intimité. S’il est à l’aise, le client finit par parler de lui en laissant de côté une certaine forme de pudeur ou de timidité.

Plus j’en saurai, plus il me sera facile d’imaginer et de sculpter un style de coiffure en rapport avec la personnalité de mon client. C’est pour cela que mes clients ne sont jamais totalement coiffés à l’identique après chaque rendez-vous. 

L’écoute est également importante quand le travail est fini, afin de prendre en compte attentivement le ressenti du client et de répondre à toute question ou interrogation. 

Certains de mes clients repartent même en « sautillant » jusqu’à l’ascenseur, témoignant de leur bien-être et de toute l’attention qui leur a été apportée.


Vous communiquez la plupart du temps avec votre client via le miroir. Cela crée-t-il un rapport particulier ?

Le miroir est là, il facilite quelque peu l’échange. C’est une paroi transparente entre mon client et moi. Pour le client, il permet de se dévoiler peut-être plus facilement ; pour moi, il permet de garder une certaine distance. Mais, très vite, cette paroi tombe d’elle-même. 

J’aime ce concept et j’y crois beaucoup.