Il est également ancien secrétaire d’état chargé de l’industrie et de la consommation

« La vision du commerce n’est pas actuellement en phase avec l’évolution de la société »

« La relation entre le politique et le monde du commerce et de l’artisanat est une longue histoire. En France, le politique a une vision plutôt archaïque du commerce et des métiers de l’artisanat.


Des choix politiques ont été faits : Jacques Chirac, maire de Paris, a toujours été contre la grande distribution dans la capitale en privilégiant plutôt une vision catégorielle à une vision économique et de croissance. De même, les lois « Royer » puis « Galland »* ont été conçues pour protéger les petits commerçants en encadrant l’expansion des grandes surfaces. Cela a certainement figé la situation commerciale tout en refermant les esprits sans prendre en compte les évolutions du marché et de la demande : par exemple, les débats sur l’ouverture des magasins le dimanche dans les grandes villes et, en province, l’ouverture entre 12 heures et 14 heures. On prive les étrangers, 
souvent de passage à Paris pendant des délais courts (36 heures), de la possibilité de consommer le dimanche, ce qui donnerait aux commerçants une manne de chiffre d’affaires fort importante. La vision du commerce n’est pas actuellement en phase avec l’évolution de la société et des pratiques de consommation. Une vraie réflexion doit être faite sur ce sujet.

Il n’y a pas fatalité. Pour preuve, les Français savent répondre positivement quand le politique propose des innovations. Par exemple, la mise en œuvre du statut d’auto-entrepreneur a provoqué un engouement, nous positionnant à la première place au monde en matière de création d’entreprises. Les Français savent libérer leurs énergies, car c’est dans nos gènes.

Il faut reconnaître que le métier de vendeur est mal perçu, donnant une image de besogneux (pauvre, miteux, fauché, « qui vit difficilement de ce qu’il gagne »). Bien des exemples viennent à l’esprit positionnant le métier de vendeur comme un poste par défaut. 

En France, il y a un double constat : on pense plus à l’offre qu’à la demande et l’accueil du client est souvent fait de manière arrogante. Naturellement, le client se cabre quand le vendeur est trop arrogant. Quand on voyage, on s’aperçoit de l’écart important par rapport à la France dans la façon dont les commerçants nous accueillent : amabilité, sens du service, empathie, amplitude des horaires d’ouverture… à l’exemple de ce qui se fait à Montréal, Tokyo, Londres…

Dans les villes de province, la réticence des commerçants à ouvrir leur magasin pendant l’heure du déjeuner est souvent palpable, malgré l’appui et le support des municipalités par des animations, la logistique d’accompagnement et la communication qui en est faite…

La mise en place de nouvelles lois (par exemple sur les soldes flottantes) doit faire réagir les commerçants à s’adapter aux nouvelles tendances de consommation. 

Une personne qui ouvre un commerce doit comprendre que c’est un « métier » avec tout ce que cela implique. Le vendeur doit être préparé et formé à ce métier. En France, nous n’avons pas de véritable école de commerce, ce sont des écoles de management. On n’ouvre pas un commerce par défaut, parce que l’on a « la » bonne idée. Il faut une stratégie commerciale et mettre en place les moyens matériels et humains pour accueillir et servir le client dans les meilleures conditions. Peut-être qu’il faudrait créer un électrochoc auprès de tous les Français, sous forme d’une campagne nationale pour les sensibiliser et les impliquer à la notion de « qualité de service » (charte du service). 

Ce serait un véritable levier de croissance. 

Il faut savoir prendre des risques, à l’exemple de la mise en œuvre du statut d’auto-entrepreneur qui a libéré des énergies nouvelles. 

Dans le rapport de force entre client et vendeur, des solutions existent : 

• se placer dans une logique non de l’usager mais du client ;
• savoir tendre la main pour accueillir le client ;
• créer de la fluidité et de la confiance dans la relation client. »


*Loi « Royer » : loi n° 73-1193 du 27 décembre 1973 d’orientation du commerce et de l’artisanat. Loi « Galland » : loi n° 96-588 du 1erjuillet 1996 sur la loyauté et l’équilibre des relations commerciales.